Un sur 10-les troubles de la parole et de l'audition
touchent des millions de gens, mais les personnes qui peuvent
aider n'en ont souvent pas l'occasion
Imaginez passer votre vie à ne pas comprendre
ce que les gens vous disent, à demander aux gens de se
répéter, à ne pas savoir ce à quoi
l'on s'attend de vous. Imaginez ce que signifie ne pas pouvoir
exprimer ses sentiments à sa famille, à ses amis
ou, plus important encore, à des étrangers. Imaginez
le sentiment d'isolation, de frustration, de colère.
Voilà ce que ressent tous les jours un
Canadien sur 10 souffrant d'un trouble de la parole, de langage
ou d'audition. Mais ce genre de situation n'est pas inévitable.
L'aptitude à entendre, à comprendre
et à se faire comprendre est essentielle à notre
développement en tant que citoyens productifs. Toutefois,
lorsque les troubles d'audition ou de parole ne sont pas dépistés
ou traités, les résultats peuvent être tragiques.
Par exemple, des études menées
aux États-Unis ont permis de constater que jusqu'à
46 p. 100 des prisonniers de ce pays souffrent d'un type quelconque
de trouble d'audition -presque sept fois le taux relevé
chez le grand public.
« Il est complètement étonnant
de penser qu'un si fort taux de comportement antisocial aurait
pu être évité par un dépistage précoce
et un traitement adéquat », selon Catriona Steele,
présidente de l'Association canadienne des orthophonistes
et audiologistes (ACOA).
Mme Steele affirme que les 6 000 spécialistes
de l'orthophonie et de l'audition du Canada se mesurent à
un défi de taille.
« Un de nos plus grands défis est
d'obtenir des renvois - de voir les gens qui ont besoin de nos
services. Souvent, des personnes souffrant de troubles d'audition
ou de parole sont perçues comme ayant un quelconque trouble
de comportement, car elles semblent repliées sur elles-mêmes
ou peu coopératives, imprévisibles ou hostiles.
Et c'est ce qui se produit bien souvent chez les enfants. »
Au dire de Mme Steele, dans bien des cas, ce
genre de comportement n'est souvent qu'un symptôme d'un
trouble plus profond d'audition ou de parole. Et, si ces personnes
ne sont pas renvoyées chez un spécialiste de l'audition
ou du langage, le problème demeurera voilé et non
traité.
« Les travailleurs de garderies, les enseignants,
les travailleurs sociaux, le personnel de santé publique
et les médecins doivent comprendre que certains problèmes
de comportement qui semblent purement psychologiques peuvent souvent
être liés à un trouble d'audition ou de parole.
Ils doivent alors avoir recours aux experts : nous connaissons
les indices souvent ignorés par les professionnels d'autres
disciplines. »
Les victimes d'accidents cérébrovasculaires
(ACV) forment un autre groupe important nécessitant une
intervention précoce.
« Notre système de santé
accomplit un travail remarquable vis-à-vis de problèmes
aigus, comme l'ACV », dit Mme Steele. « Mais, après
avoir sauvé la vie d'une personne, qu'arrive-t-il à
la qualité de cette vie? Il faut accorder la priorité
aux victimes d'ACV en vue de leur assurer une vie riche et productive.
En effet, ces gens auront de grandes difficultés s'ils
ne peuvent communiquer convenablement. En cas d'accident cérébrovasculaire,
le traitement précoce est essentiel. »
Mme Steele estime que le Canada dispose d'environ
la moitié du nombre d'orthophonistes et d'audiologistes
dont il a besoin pour offrir un service adéquat à
la population. L'ACOA a entrepris une étude visant à
cerner l'importance de ce besoin et à déterminer
ce qu'il faudra accomplir pour offrir aux Canadiens des programmes
de dépistage et de traitement adéquats.
Pour l'instant, dit-elle, les autres professionnels
de la santé et des services sociaux peuvent mieux exploiter
les ressources actuelles.
« Un Canadien sur 10 est atteint d'un
trouble de la parole ou du langage », dit-elle. «
Voilà une importante statistique à retenir : mais
n'oublions pas que ces personnes ne sont pas seulement des statistiques.
Beaucoup d'entre elles sont aliénées de leurs familles
et de leurs collectivités parce que leur handicap n'est
pas dépisté. Les spécialistes de la parole
et de l'audition peuvent aider à éviter ces problèmes,
mais seulement s'ils peuvent intervenir à temps. Il s'agit
d'un travail d'équipe. Nous sommes un élément
important de cette équipe, mais c'est avec tous nos coéquipiers
--- médecins, infirmières, enseignants et travailleurs
sociaux - que nous gagnerons la partie. »